Bases neuro-physiologiques et spécificité de la thérapie Vojta
(H. Lagache - Janvier 2010)
Depuis les années 50, le concept de V. Vojta a constamment évolué en intégrant les données scientifiques récentes, grâce à la contribution de nombreux praticiens dans le monde entier.
Les premières applications thérapeutiques de la locomotion réflexe de cette période initiale, ont généré progressivement une panoplie de techniques rééducatives élaborées , respectant
les données neuro-physiologiques actuelles , et susceptibles de répondre à de nombreuses situations pathologiques différentes.
La thérapie proprioceptive de V. Vojta est la première, et actuellement la seule, forme de physiothérapie réunissant les 3 critères fondateurs suivants:
A - Critère myo-cinésiologique : notion de chaîne musculaire
La fonction musculaire ne peut plus aujourdhui être comprise comme une simple juxtaposition d'actions musculaires indépendantes, propres à chaque muscle.
De nombreux travaux et de multiples publications accréditent cette idée: toute action musculaire localisée vient inévitablement participer à un ensemble synergique plus large,
qui se coordonne et diffuse à travers le corps selon un trajet défini.
Aucun physiothérapeute ne peut désormais ignorer ou sous-estimer l'importance de ces ensembles synergiques dans le développement et la structuration de la motricité fonctionnelle.
Les ensembles synergiques sont fréquemment évoqués sous l'appellation de "chaînes musculaires" ou de "chaînes musculo-aponévrotiques". La notion de chaîne musculaire mène naturellement
à une conception globale de la thérapie posturo-motrice.
La génèse et l'organisation de ces "chaînes" sont étroitement liées à l'anatomie humaine, dont elles dépendent, et qu'elles reflètent comme un miroir. La configuration anatomique du squelette osseux,
celle des muscles (incluant l'orientation de leurs faisceaux, de leurs fibres, et leurs propriètés visco-élastiques), celle des tissus aponévrotiques et du tissu conjonctif, sont autant de facteurs contribuant
inéluctablement à l'organisation et à la pérennisation des ensembles synergiques en chaînes fonctionnelles orientées, coordonnées, qu'il est possible de décrire précisément.
Le système proprioceptif musculaire joue un rôle clé dans cette organisation, au fil du développement humain.
La topographie des chaînes musculaires est donc fondée sur l'anatomie de l'appareil locomoteur, qui détermine leur schéma directeur fonctionnel. C'est l'une des raisons qui ont amené V. Vojta
à parler de "schèmes" moteurs ou locomoteurs.
Ces notions ont été intégrées depuis cinq décennies, et sont concrètement exploitées, dans les diverses applications de la thérapie de V. Vojta.
B - Critère Neurologique: notion de frayage
La technique du "frayage" est un principe fondateur de la thérapie Vojta. Elle consiste en une panoplie de moyens physiques précisément décrits, destinés à favoriser le recrutement neuronal, à dynamiser , à réguler et coordonner la fonction des centres nerveux à leurs différents niveaux (médullaire, sous-cortical, cortical).
Ces moyens physiques sont :
- une gamme de postures conçues et sélectionnées à des fins thérapeutiques, déterminant l'état d'étirement relatif, la longueur, l'orientation par rapport à la gravité terrestre,
des divers ensembles synergiques musculaires sollicités lors de la thérapie.
- une série de zones réflexogènes situées au niveau du tronc et des membres.
- une technique manuelle de stimulation par pressions orientées et dosées.
- une technique de contrôle du mouvement par l'application de résistances.
- une technique codifiée d'observation et d'analyse des réactions neuro-motrices et neuro-végétatives.
- diverses procédures complémentaires de facilitation proprioceptive.
La technique du frayage autorise un véritable "dialogue physique" du thérapeute avec le système nerveux. Elle permet d'apprécier méthodiquement la réceptivité du système nerveux aux stimuli codifiés,
la qualité de sa réactivité , et d'amorcer un guidage thérapeutique où la proprioception musculaire joue , là aussi , un rôle essentiel.
C - Critère phylo- et ontogénétique : notion de locomotion réflexe.
La notion de "locomotion réflexe" désigne l'ensemble des modalités pratiques constituant l'acte thérapeutique . La locomotion réflexe consiste à induire une activité neuro-motrice coordonnée de toute la musculature
corporelle à partir d'une combinaison de stimulations multiples.
Ces agents stimulants font appel à des récepteurs de diverses natures (propriocepteurs, intérocepteurs, extérocepteurs, télérécepteurs, etc...) ; ils activent des réactions simultanément neuro-végétatives et neuro-motrices,
qui apparaissent et se distribuent selon un schème physique défini et contrôlé à chaque stade de son déroulement par le thérapeute.
Ces schèmes physiques de "locomotion réflexe" peuvent être induits et contrôlés chez tout enfant sain, dès le stade néonatal, ce qui signale clairement leur origine phylogénétique.
C'est l'autre raison qui amène V. Vojta à parler de "schème", au sens génétique du terme.
Les schèmes de locomotion réflexe restent déclenchables et utilisables dans un but thérapeutique toute la vie.
L'analyse méticuleuse des schèmes de locomotion réflexes décrits par V. Vojta a montré qu'ils contiennent les ensembles synergiques, des plus élémentaires aux plus complexes ,
qui émergent progressivement au cours de l'ontogénèse humaine normale, enrichissant ainsi la gamme des activités motrices disponibles pour le développement fonctionnel.
L'activation répétée de la locomotion réflexe, dans le cadre d'un acte thérapeutique structuré de 15 à 20 minutes , contribue clairement au développement et à l'harmonisation des fonctions posturales et motrices
dans de nombreuses pathologies neurologiques , chez l'enfant comme chez l'adulte.
Le thérapeute utilise donc la locomotion réflexe comme un outil, pour "piloter" , orienter et réguler la fonction posturo-motrice globale selon les besoins et objectifs thérapeutiques individuels.