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PROPRIOCEPTION, POSTURE, DEVELOPPEMENT SENSORIEL ET MENTAL

(par H. Lagache)



1) VISION

Le développement de la fonction visuelle est indissociable de composants posturaux qui participent directement à l'émergence progressive d'une fonction optique intégrée.
a) Influence extrinsèque de la posture et de la proprioception
- la posture détermine le champ visuel
- la stabilité posturale est une condition nécessaire à la stabilité du champ visuel
- la poursuite oculaire coordonnée est impossible sans une adaptation posturale asservie automatique et instantanée impliquant les muscles de l'axe rachidien, de la tête, et la musculature oculomotrice.

b) Influence intrinsèque de la posture et de la proprioception
- l'image intégrée par le SNC est une combinaison d'afférences optiques et proprioceptives comme l'ont mis en évidence les travaux du Pr Roll et coll. sur l'homme, et ceux du Pr. Buisseret et coll. sur le chat.
Ces différents travaux ont clairement démontré que les flux proprioceptifs musculaires de la région cervicale, des muscles orbitaires, et d'autres régions corporelles, jouent un rôle significatif dans l'activation centrale de la fonction visuelle et même dans la perception visuelle différenciée.

2) OLFACTION

L'olfaction est favorisée par l'inspiration, c'est à dire une action motrice automatique génératrice d'afférences proprioceptives multiples
- l'amplitude respiratoire, le rythme varient avec la posture et l'activité
- l'olfaction comporte des afférences associées olfactives proprement dites, mais aussi intéroceptives (appareil respiratoire) et proprioceptives (système neuro-musculaire de la respiration).

3) GOUT

- la langue, ou la muqueuse buccale, ne peuvent être considérées isolément comme seules responsables de la fonction gustative, elles exploitent en effet de nombreux extérocepteurs soumis à accoutumance, c'est à dire agissant en salves afférentes brèves.
- les mouvements de langue sur la muqueuse jouent un rôle important en réactivant régulièrement les extérocepteurs d'une part, et en couplant les flux afférents proprioceptifs et extéroceptifs d'autrepart (exemple, l'oenologue "travaille" le vin en bouche pour mieux activer les papilles).
- les mouvements de langue et de maxillaire sont liés aux automatismes posturaux puisque les muscles stabilisateurs de la mandibule et ceux de l'os hyoïde (support de la langue) sont impliqués dans le contrôle postural (voir anatomie du cou et de la région hyoïdienne).
Ces rapports anatomiques influencent donc la déglutition aussi bien que la fonction gustative proprement dite.

4) AUDITION

a) Influence extrinsèque de la posture et de la proprioception sur le développement auditif
- une posture stable est nécessaire pour orienter les 2 oreilles: l'audition stéréophonique (différenciée dans l'espace) nécessite la symétrie posturale sans laquelle la rotation libre de tête sur son axe ne peut être parfaitement coordonnée.
- réciproquement, une surdité unilatérale ou une asymétrie conséquente de perception auditive génèrent fréquemment une asymétrie posturale du nourrisson.

b) Influence intrinsèque de la posture et de la proprioception
- l'audition parfaite nécessite une activité vibratoire coordonnée du système auditif , des os du crane, des fascias selon les rythmes biologiques spécifiques. Si la coordination posturale est perturbée, particulièrement en présence de troubles toniques sévères, il existe des tensions anormales pouvant altérer la vibration du tympan, modifier la résonance: l'intégration cochléaire est altérée.
- les modifications de la ventilation du conduit auditif (obstruction, sécrétions,...), peuvent aussi altérer la propagation des vibrations, et modifier l'afférentation proprioceptive d'origine vibratoire.

La proprioception et les récepteurs du tissus conjonctif sont stimulés par ces activités tensives et vibratoires et contribuent en retour à leur régulation.

5) TACT

Les extérocepteurs sont rapidement sujets à accoutumance, leur réactivation par le mouvement (frottement etc...) est nécessaire pour que les flux afférents extéroceptifs puissent durer; la coordination posturo-motrice améliore donc qualitativement et quantitativement les flux afférents tactiles.
La fonction tactile doit être comprise comme une combinaison indissociable et coordonnée d'afférences extéro- et proprioceptives.

DEVELOPPEMENT POSTURAL ET MENTAL

La stabilisation posturale active est une condition nécessaire à l'optimisation de la réceptivité (5 sens) par
a) - sécurisation de la situation
b) - interaction avec les différents systèmes perceptifs

Procédure décisionnelle, passage à l'acte:
- Stabilité (sécurité) + réceptivité optimale conditionnent l'Impact positif des Stimuli d'Environnement (ISE+)

- l'instabilité induit l'insécurité et une réceptivité moindre c'est l'ISE négatif ; cela favorise le déclenchement de mécanismes endogènes de protection du SNC sous la forme d'un mode réactionnel primitif (stéréotypies motrices de l'IMC, stéréotypies comportementales).

- l'ISE+ génère l'appétence: besoin relationnel croissant par rapport à la source d'afférences perceptives vécue positivement. C'est l'attrait de l'environnement (appétence), qui induit le besoin d'agir pour s'approprier, entrer en contact, consommer...

Le vécu corporel fournit des références proprioceptives et sensorielles complexes (sorte de mémoire inconsciente) nécessaires à l'organisation rapide de schémes comportementaux, si bien qu'on peut alors aussi parler de frustration précédant l'acte de consommation et générant cet acte.

Chronologie décisionnelle:
1- adaptation posturale automatique et perception optimale
2- appétence envers la cible ou frustration de ne pas encore consommer
3- action finalisée (et non pas " volontaire "), destinée à satisfaire le besoin, dont la gestion et l'adaptation sont essentiellement automatiques.
4- ré-afférentation au cours de l'acte, nécessaire à l'ajustement de l'acte en cours
5- consommation (plaisir) qui génère la répétition ultèrieure de l'acte.

Agir, c'est vivre l'espace et le temps.
La perception du temps commence par le vécu des rythmes naturels (jour-nuit), mais surtout biologiques: respiration, pulsations, nutrition- digestion- défécation, veille-sommeil.

Parallèlement, le cycle besoin - action - satisfaction (ou frustration - action - plaisir) se répète selon la même chronologie. La satisfaction du besoin génère la répétition de l'acte qui acquiert ainsi progressivement sa finalité, avec attente du résultat obtenu précédemment, c'est à dire anticipation, projection mentale dans le temps.

On peut schématiquement distinguer trois registres fondamentaux qui finalisent l'ensemble des conduites d'un bébé:
- l'orientation qui optimise la perception
- la locomotion qui prépare ou réalise l'action
- la consommation qui procure le plaisir

Chaque séquence d'activité est un cycle jalonné des mêmes références proprioceptives, propres à chacun des 3 temps de ce cycle, et générées à l'occasion de l'orientation du corps, de la locomotion, de la consommation.
A chaque répétition du cycle, la ré-afférentation est renouvelée selon un mode de plus en plus riche...
L'action ne se répète pas exactement de la même manière mais se perfectionnne à chaque fois, s'ajuste, s'enrichit...

Tableau 1: localisation des principales sources proprioceptives en fonction des conduites et de leur finalité
ORIENTATION - PERCEPTION
LOCOMOTION - ACTION
POSTURE DE CONSOMMATION
A
C
T
I
V
I
T
E
CONDUITE MOTRICE D'ORIENTATION

- redressement
- stabilisation corps et tête
CONDUITE LOCOMOTRICE

- transport du corps
- investigation motrice phasique
- approche
- capture
CONDUITE D'INSTALLATION

- posture sécurisante
- posture libérant les organes de consommation riches en récepteurs sensoriels (bouche, mains,...)
= coucher dorsal, station assise, ...
A
F
F
E
C
T
S
APPETENCE - FRUSTRATION

anticipation du résultat convoité
(si référence antérieure)
= projection dans le temps
APPETENCE ++
PLAISIR ++
A
F
F
E
R
E
N
C
E
S
ACTIVITE STATIQUE ++

- rachis ++
- membres d'appui
- durée brève
ACTIVITE PHASIQUE

- rachis ++
- membres d'appui

- membres mobiles
- durée moyenne
- recrutement spatial ++
- recrutement temporel +-
ACTIVITE STATIQUE

- rachis ++
- racines des membres
- motricité oculaire
- durée longue
- recrutement temporel

ACTIVITE PHASIQUE

- extrémités des membres
- région buccale
- durée brève
- recrutement spatial


Le système proprioceptif accompagne et jalonne chaque opération perceptive, chaque action motrice, de signaux afférents qui deviennent autant de repères spatiaux et temporels.
Ces repères proprioceptifs balisent et ponctuent les situations vécues, contribuant d'une part à l'inscription de schèmes praxo-gnosiques (idéomotricité), mais constituant d'autre part au fil de l'ontogénèse, une sorte de code fonctionnel d'accès qui régule l'activation de ces praxo-gnosies comme le montrent les travaux de Roll et coll. sur le mouvement virtuel: on constate la résurgence de références praxo-gnosiques relatives à un vécu antérieur en réalisant un simple " appel " proprioceptif d'origine musculaire (une vibration appliquée au muscle).
La proprioception devient donc le trait d'union entre l'action motrice (posture, gestualité), les affects (plaisir, frustration), et le point de départ de l'organisation temporo-spatiale (anticipation).
Elle contribue à engrammer puis à restituer des procédures fonctionnelles (schèmes ou séquences fonctionnelles) réexploitables et évolutives, à les réactiver dès qu'elles peuvent répondre aux besoins de la situation immédiate...

La sollicitation systématique et répétée du système proprioceptif est donc de nature à favoriser le développement du jeune enfant sous ses divers aspects: moteur, sensoriel, mais aussi mental, à condition que soient respectées dans la procédure éducative ou thérapeutique utilisée les règles neurophysiologiques d'accès au système proprioceptif, et d'intégration centrale, en particulier les lois de sommation temporo-spatiale (nature, localisation et durée des stimulations).

Lorsque des stimulations non adéquates sont générées par l'environnement, ou à l'occasion d'un programme éducatif ou thérapeutique inopportun, les conditions neurophysiologiques d'accès au système nerveux central par les voies proprioceptives ne sont pas remplies. Le SNC peut alors rester sourd à ces stimulations, ou les percevoir comme des agressions et activer ses mécanismes endogènes de protection qui se manifestent au niveau somatique par divers stéréotypes moteurs ou comportementaux. Ces stéréotypes révèlent la situation de non réceptivité du SNC.


Bibliographie:

- Bullinger A: le rôle des flux sensoriels dans le développement tonicopostural du nourrisson; Masson, Motricité Cérébrale (1996)
- Changeux JP: l'homme neuronal, Paris, Fayard (1986)
- Lagache H: le concept Vojta; SPEK, Kinésithérapie ScientifiqueS N°366 (1997)
- Lagache H: le mythe du clou; SPEK Kinésithérapie ScientifiqueS N°392 (1999)
- Redon-Zouiteni C, Roll JP, Lacert P: Reprogrammation posturale d'origine proprioceptive chez l'enfant infirme moteur cérébral;Masson, motricité Cérébrale 15-2 (1994)
- Rode G, Rosetti Y, Boisson D: Rôle de la vision dans la structuration du geste; Masson, Motricité Cérébrale 1997, 18, 41-52
- Roll JP: les bases physiologiques des conduites: les fonctions de prise d'informations et d'exploration. In: Encyclopédie de la Pléiade, Paris, Gallimar, 1987: 1476-1535
- Roll JP, Vedel JP: Kinaesthetic role of muscle afferents in man, studied by tendon vibration and microneurography.Exp Brain res 1982,47: 177-190
- Varela F.J.: Connaître: les sciences cognitives, Le Seuil, Paris, 1989.
- Vojta V: die zerebralen Bewegungsstörungen im Säuglingsalter: Frühdiagnose und Frühtherapie; Enke, Stuttgart
- Vojta V: Die posturale Ontogenese als Basis der Entwicklungsdiagnostik; Kinderarzt 5:669-674 (1989)
- Vojta V, Havel J: Utilisation of the inborn global patterns in the early treatment of neuromotor lesions; in Bottos M (ed) Neurological lesions in infancy. Liviana, Padova, pp 155-164 (1987)
- Vojta Vaclav, Peters Annegret: das Vojta Prinzip;Spinger Verlag Berlin, Heidelberg, New York, London, Paris, Tokyo, Hong Kong (1997)
- Zeki Semir: A Vision of the Brain, Blackwell Scientific Publications, (1993)

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